05 Février 2005 — 05 Février 2025
20 ans déjà !
Messe catholique, culte presbytérien et prière musulmane, le peuple togolais a ainsi honoré la mémoire et prié pour le repos de l’âme de son ancien Président, le Général Gnassingbé Eyadéma, rappelé à Dieu, le 05 février 2005.
M. Douti Y. Tchimbiandja, Préfet de Tône, lors de la commémoration du 10ème anniversaire s’exprimait ainsi :
« Eyadéma est décédé mais ses œuvres demeurent dans le pays. C’est du devoir de ceux qui vivent de prier pour les morts afin que Dieu notre Père leur accorde le pardon et les reçoive dans sa maison. Le Père de la nation, feu Gnassingbé Eyadéma, a beaucoup fait pour notre pays, d’abord la réconciliation nationale. Feu Gnassingbé Eyadéma a toujours œuvré dans le sens de la paix ; non seulement la paix au Togo mais la paix dans le monde. Et les gens continuent à le citer dans bien des pays et à l’intérieur même de notre pays, c’est de notre devoir de nous souvenir chaque jour de lui », avait-il indiqué.

Par Christian Vallar
Professeur agrégé de droit public
Doyen honoraire
Directeur honoraire du Centre d’études et de recherches en droit administratif, constitutionnel, financier et fiscal
Université Nice Côte d’Azur
Avocat au Barreau de Nice
Chevalier de la Légion d’Honneur
Officier de l’Ordre des Palmes académiques

Gnassingbé Eyadéma, le père fondateur de la nation
Le 5 février 2005 disparaissait Gnassingbé Eyadéma, incarnation du pays depuis 38 années, consécutivement à une affection cardiaque : une longévité remarquable. Rares sont les chefs d’État africains à avoir connu une continuité similaire. L’exercice d’un pouvoir fort facilitant l’unité nationale favorise les premières étapes de la construction économique, ainsi que le rayonnement international du Togo.
Un pouvoir fort vecteur de l’unité nationale
Le Togoland était sous contrôle allemand depuis 1884, puis a été divisé en deux parties entre la Grande-Bretagne et la France, sous la forme d’un mandat conféré par la Société des Nations après la première guerre mondiale en 1922. La partie française deviendra indépendante sous le nom de Togo en 1960.
Le premier Président, Sylvanus Olympio, peu favorable à la France, refuse l’intégration dans l’armée des militaires ayant combattu sous le drapeau français pendant la guerre d’Algérie, ce qui entraîne son élimination en 1963 par un groupe de militaires dont fait partie le futur général Eyadéma.
Celui-ci débute ainsi une ascension rapide vers les sphères du pouvoir politique. Promu en 1964 colonel et chef d’état-major par le nouveau Président Nicolas Grunitzky, que les militaires renversent à son tour le 13 janvier 1967, il centralise la totalité du pouvoir politique le 15 avril suivant. Président de la République, Premier ministre, ministre de la défense, il dissout les institutions politiques existantes, devient général et s’appuie sur le Rassemblement du peuple togolais (parti unique) et les forces armées qui lui sont acquises.
Le référendum de 1972, qui en réalité est un plébiscite, entérine cette approche concentrée du pouvoir d’État jusqu’en 1993. Le 25 août de cette année se tient l’élection présidentielle avec un système multipartisan, qui débouche sur une large victoire du Président sortant. Il sortira vainqueur des scrutins de 1998 et 2003.
Le chef de l’État sait utiliser le sacré qui nimbe le pouvoir, cumulant les croyances sur son nom : Étienne est son prénom chrétien qu’il remplace par son patronyme Eyadéma, illustrant ainsi lui-même la démarche identitaire du pays. Son christianisme est teinté de l’animisme de sa contrée. Ainsi, les cérémonies animistes traditionnelles bénéficient de sa bienveillance, telles la prise de la pierre sacrée du peuple Guin ou les rites vaudous.
Malgré des tensions avec les opposants, le régime mis en place se caractérise par la stabilité politique, lui permettant d’être qualifié de doyen des chefs d’État africains après la disparition du Président Houphouët-Boigny.
Les prémisses de la construction économique
Qualifié de « Suisse de l’Afrique » du fait de ses réserves naturelles — phosphate, café, cacao — le Togo a connu les brutales réalités de la dette aggravée par les hausses du dollar et des taux d’intérêt.
Néanmoins, le Président Eyadéma a su préserver ses atouts, favorisant sur les années la consolidation de l’économie, de même que l’autosuffisance alimentaire (déterminante) et la souveraineté (nationalisation de la Compagnie togolaise des mines du Bénin). Son successeur, le Président Faure Gnassingbé, a pu de ce fait améliorer le climat des affaires : le rapport 2023 de la Banque mondiale considère que le Togo est le pays qui a le plus progressé grâce aux mesures favorisant le commerce régional ou l’accès des PME aux financements.
De même, un plan de relance et une politique volontariste de développement contribuent au développement économique.
Le rayonnement international du Togo
« Vous vous êtes donné pour vocation d’être une terre de rencontre, de dialogue, de conciliation… vous œuvrez au renforcement des solidarités. »
Ces propos, tenus par le Président François Mitterrand lors de la réception à Paris du Président Eyadéma le 10 juin 1985, illustrent bien l’ampleur de son action diplomatique.
Cofondateur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, il a joué un rôle majeur dans la désignation de Lomé pour la signature des Accords éponymes passés entre la Communauté européenne et 46 États ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) le 28 février 1975, visant à garantir un accès plus large des produits ACP aux marchés européens.
Sur le plan culturel, la francophonie lui doit la tenue de son premier sommet convoqué par François Mitterrand à Lomé le 17 février 1986, en présence des représentants de 46 États.
Lors du décès du Président Eyadéma, Jacques Chirac déclara :
« Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel… Je suis certain que l’Afrique ressent cruellement la perte de celui qui, depuis tant d’années, consacrait ses efforts à la coopération régionale, à la médiation et à la recherche de la paix. »

Un parcours militaire et politique exceptionnel
Avant de devenir président, Gnassingbé Eyadéma s’illustre dans l’armée. Engagé dans les troupes coloniales françaises, il participe aux guerres d’Indochine et d’Algérie, où il se forge une réputation de soldat courageux.
Le 13 janvier 1963, il participe au premier coup d’État en Afrique subsaharienne indépendante, qui renverse le Président Sylvanus Olympio. En 1967, il organise un second coup d’État qui le propulse à la tête du pays, instaurant un régime militaire.
Durant ses 38 années de présidence, il se présente comme le garant de la stabilité nationale, marquant son règne par des réformes économiques et une diplomatie régionale active.

Un médiateur en quête de paix
Sur la scène internationale, il se distingue par sa capacité à rapprocher les positions divergentes. En 1984, il traverse le fleuve Chari en pirogue pour rencontrer les belligérants tchadiens, un acte audacieux salué dans toute l’Afrique.
Père fondateur de la CEDEAO, il milite pour l’intégration régionale et la coopération économique et politique entre les pays africains.
Un miraculé entre mythe et réalité
En 1974, Eyadéma survit à un crash d’hélicoptère près de Kara. Cet épisode, rapporté dans tout le pays, forge sa légende et contribue à l’image du « miraculé », renforçant son charisme déjà imposant.
Lutteur traditionnel dans sa jeunesse, il conserve toute sa vie cet esprit combatif et persévérant.






Un héritage diplomatique durable
Son engagement pour la paix et la coopération régionale a laissé une empreinte profonde dans l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. En tant que médiateur et bâtisseur de l’État togolais, Gnassingbé Eyadéma reste une figure majeure de la politique africaine contemporaine.
📚 Source : Magazine Le Panafricain — Numéro 129
LE PANAFRICAIN Magazine bimestriel d'informations politiques, économiques et culturelles sur l'Afrique